Il est 7 h 12.
L’école commence dans moins d’une heure.
Et soudain :
« J’ai mal au ventre. »
Le ventre serre. La gorge aussi.
Il faudrait s’habiller, partir, dire au revoir, entrer dans la cour.
Et rien qu’en pensant à tout ça, le corps vient déjà de voter : DANGER.
Parce que l’anxiété peut arriver comme ça.
Pas avec un grand :
« Bonjour, je suis l’anxiété. Je vais maintenant limiter plusieurs secteurs de votre existence. »
Ce serait presque pratique. Non.
Elle arrive avec un ventre qui fait mal.
Un :
« Tu viens me chercher à quelle heure ? »
Répété cinq fois.
Puis le cerveau démarre :
Et si on se moque encore ?
Et si je mange seul ?
Et si je réponds faux ?
Et si je dis stop et que ça empire ?
Et si je dis non et qu’on ne m’aime plus ?
Alors l’enfant entre.
Il tient.
Il rentre.
« Alors, ta journée ? »
il répond :
« Ça va. »
Parce qu’expliquer qu’on s’est senti rejeté, observé, différent, qu’on n’a pas réussi à dire stop, qu’on a eu peur toute la journée…
ça demande déjà beaucoup de mots.
Et quand les mots ne sortent pas, le corps prend le relais.
« J’ai mal au ventre. »
Puis on évite une activité, de lever la main, de rejoindre les autres.
Puis de dire : » Ce n’est pas juste. » ou » Arrête. »
Et l’anxiété fait quelque chose de particulièrement sournois :
elle rétrécit le territoire.
Chaque évitement soulage un peu.
Le cerveau prend soigneusement note :
« Parfait. On a évité. On est vivant. Continuons exactement comme ça. »
Excellent système de survie.
Un peu moins excellent pour vivre.
Parce qu’à force, l’enfant ne passe pas seulement à côté d’une activité, d’une amitié.
Il peut passer à côté d’une réponse qu’il connaissait.
D’une limite qu’il aurait voulu poser.
D’une injustice qu’il n’a pas osé nommer.
D’une capacité qu’il n’a jamais pu vérifier.
Alors arrive cette phrase :
« Finalement, j’ai plus envie. »
Sauf qu’au fond… il avait encore très envie.
Mais c’est moins douloureux de croire qu’on ne voulait pas…
que d’admettre qu’on n’a pas réussi à y aller.
Et nous, parents, on peut transmettre de la confiance.
Par notre regard.
Nos mots.
La façon dont on croit en lui parfois avant même qu’il y croie lui-même.
Mais il lui faut ses propres preuves
On ne peut pas tout construire à sa place.
La confiance ne pousse pas seulement parce qu’on répète :
» Tu peux. »
Elle grandit aussi avec :
« J’avais peur et j’y suis allé. »
« J’ai demandé de l’aide. »
« J’ai dit non. »
« J’ai dit que ça me faisait mal. »
« Je n’ai pas réussi tout, mais j’ai réussi ça. »
« J’ai cru que je ne pouvais pas… et pourtant. »
Et chaque preuve crée une petite brèche dans l’histoire précédente.
« Peut-être que je peux. »
C’est précisément là que Kidiroots cherche un autre chemin.
Pas la grande route du :
« Allez, lance-toi. »
Parce que pour certains enfants, la grande route ressemble franchement à une autoroute à six voies sans bretelle d’accès.
Alors on construit des chemins alternatifs.
Plus petits.
Plus lisibles.
Plus ludiques.
Des chemins qui créent des expériences.
Et des expériences qui créent des preuves.
Et des preuves qui, petit à petit, entraînent la confiance.
Le Bouton Pause peut être le premier.
Parce qu’avant que :
« J’ai peur »
devienne :
« Je ne peux pas. »
il peut y avoir :
PAUSE.
Pas pour faire disparaître la peur.
Pour regarder une deuxième fois.
Est-ce que je ne peux pas ?
Ou est-ce que j’ai peur de ce qui pourrait arriver si j’essaie ?
Ce n’est pas pareil.
Et dans cette différence, il y a parfois juste assez de place pour essayer.
Puis recommencer.
Et un jour, l’enfant sait :
» J’ai peur … et pourtant, je peux avancer. »
Et c’est là que Kidiroots prend tout son sens.
Parce que certains enfants n’ont pas besoin qu’on leur répète plus fort où aller.
Ils ont besoin d’un chemin pensé autrement pour pouvoir y arriver.
Pas pour leur promettre qu’ils n’auront plus peur.
Mais pour que la peur ne soit plus la seule à décider jusqu’où ils peuvent aller.
Le Bouton Pause est gratuit.
Parce que pour trouver un autre chemin…
il faut d’abord arrêter de croire qu’il n’y en a qu’un.
